À la différence de Daphne Galizia, je ne suis pas journaliste. Je n’ai pas de faits, je n’ai pas de noms. Pas d’enquêtes. Ma connaissance de la politique est équivalent à nul et mon sens des affaires inexistant.
Pourtant, comme Daphne Galizia, je peux affirmer “there are crooks everywhere now”.
Pas seulement à Malte, pas seulement en Corse, absolument de partout, France métropolitaine comprise- la faute à tout ceux qui se fédèrent, à tous ces ordres avec leurs codes secrets, particuliers. Le silence imposé à ceux qui subissent la force de ces organisations s’explique par la nécessité de maintenir ces groupes dans l’ignorance de leur appartenance à une trame bien particuliere dont ils sont partis intégrantes.
Vers quelle direction doit-on se diriger pour expliquer un peu mieux la chose ? De quel côté faut-il se tourner pour, non pas découvrir la vérité, mais s’en saisir afin de la présenter en déclarant à toute personne qui voudrait admirer la pureté et l’authenticité de son éclat “Voilà, ici, la vérité, l’unique, la seule vérité qui existe”.
Faut-il parcourir la terre pour la trouver ou se trouve-t-elle à une distance raisonnable du point où l’on se trouve ?
Tout dépend de la vérité que l’on cherche.
Sur ces lignes, le sujet qui nous intéresse est le pouvoir que les nations détiennent. Pour dévoiler toutes les facettes de ce pouvoir, il faudrait le déconstruire. Et pour le déconstruire, il faudrait être prêt à remettre en question l’éducation collective que l’on nous en a donnée : la couleur de l’intégrité d’un pouvoir partagé et équilibré “il faut que le pouvoir arrête le pouvoir” alors que, à l’abri des regards, son fondement rayonne d’une toute autre couleur.
Le pouvoir a une composante bien particulière, une propriété majoritairement constituée d’illusion entrenue par une société empreinte d’un idéal de transparence alors qu’il est harnaché par une élite,dont les ambitions, jalousement gardées, nous éludent.
Derrière ces quelques lignes de littérature édulcorée, il existe une vérité du pouvoir que nous avons tous inconsciemment compris. Une conscience collective qui n’est ni largement avouée, ni (encore moins) enseignée. Et pourtant, c’est cette vérité qui pourrait bien être la seule, l’unique qui a cours majoritairement de par le monde.
Le pouvoir appartient-il au peuple ? Non.
Notre société est fondée sur un modèle de participation qui permet de faire fonctionner les rouages de nos infrastructures en accord avec nos valeurs, droits, interdits, contraintes acceptés par le plus grand nombre. Mais le pouvoir n’est pas là.
Le pouvoir, c’est la sûreté de l’état, sa subsistance, sa pérennité, sa défense, sa dominance. Ce pouvoir n’appartient pas au peuple. Il n’est pas démocratiquement discuté ou débattu. Cependant il est accepté par la population comme étant un pouvoir nécessaire à sa protection et à sa survie.
Ce pouvoir, tacitement accepté, est non seulement puissant par les moyens et infrastructures dont il dispose mais aussi par l’immunité impénétrable dont il est doté.
Un pouvoir empreint du seau du secret d’état, du secret défense de telle sorte que s’il dérape, s’il perd toutes les repères d’humanité que nos civilisations ont bâtis jusqu’à lors, les chances d’en mesurer les conséquences sont quasi-inexistantes.
Les leçons de l’histoire, nos armées, mieux que quiconque, les ont intégrées, surpassées.
Les affrontements aujourd’hui n’ont lieu que pour les combats de territoires.
L’illusion du pouvoir lui continue son chemin comme il l’a toujours fait entre intrigues et manigances. Cependant, quelque part au début du siècle dernier, il va commencer à se romantiser, à se construire une image tout aussi impénétrable.
Notre éducation a soigneusement mis de côté les pratiques des états à collecter des informations sur leurs citoyens comme si ces informations n’étaient là que pour satisfaire une volonté de savoir qui serait limitée au carcan de la connaissance sans jamais activement jouer un rôle majeur…
Arrivent alors, les journalistes sortis des meilleurs écoles, parfaitement éduqués d’un pouvoir démocratique intègre et garant de notre humanité.
La machine de la compréhension commence à s’embrouiller lorsqu’au cours d’enquêtes, ces mêmes journalistes trouvent un loup parmi les moutons qui seraient notre défense nationale ? Pour un pouvoir qui consacre la quasi totalité de ses forces à acquérir des informations, voilà qu’il serait fort singulier de se faire doubler de la sorte.
Laissons ce fait de côté un moment pour faire un saut en Corse.
Après guerre, le sort de cette île est scellée. Son essor économique relayé en arrière plan. Son destin de pavillon militaire est le futur qui lui est destiné. Mais l’histoire de cette île, pourtant bien connue du pouvoir, se réveille en 1975 à Aleria. Les événements et les confrontations qui ont suivi emportent le cœur, ici dirons nous du peuple, le pouvoir parle lui, de population.
Le calme après la tempête s’impose mais l’intégrité et la défense du pouvoir a été et est mis à mal.
Comment ce pouvoir va-t-il contre-attaquer ?
La construction de la mafia va prendre place. Pour qu’elle soit viable, tangible, on infiltre, perverti, fait marcher la machine à illusion. Dans une île où l’économie est quasi inexistante, l’appât du gain illégal mais facile entre par la grande porte. La fiction prend forme. On facilite l’illicité.
Les services de police font leurs travails. Ils enquêtent. Ils arrêtent. Les arrestations bâtissent l’histoire et les réputations. On casse les groupes, les cohésions, l’union, les mentalités, les codes d’antan.
Arrivent ensuite les journalistes. Ils enquêtent, remontent les filières et finissent par trouver des liens avec l’état. La jolie interprétation donne le bon rôle au criminel et lui attribue la force de pénétrer les hautes sphères de l’état !
Il y a de quoi s’installer devant une bonne comédie et en rire.
Quelle organisation criminelle arriverait à remonter vers le pouvoir sans que ce pouvoir, tout puissant s’en aperçoive ?
L’illusion, la narrative, l’éducation sont si forts que tout le monde y croit. Après tout, les inculpations sont réelles, les inculpés de vrais voyous. Les traffics de vrais traffics. Comment pourrait-il en être autrement puisque l’état est un organe intègre, dépourvu de toute corruption.
Aujourd’hui, à coup de fictions, de séries TV, on éduque les masses sur la mafia Corse. On cimente son empreinte sans jamais faire allusion aux infiltrations étatiques et aux actions qui ont poussé à infiltrer pour pourrir de l’intérieur.
Les avantages sont multiples. La vitrine de la mafia Corse va permettre d’étendre les infiltrations à d’autres organisations.
Au plan local, la menace des forces vives politiques qui continuent à manifester leurs volontés d’un peuple libre reste une cible menaçante.
La mafia Corse a encore de beaux jours devant elle.
A ceci près que les temps ont changé. Les grands puissances étatiques d’hier ont été remplacées par des multi-milliardiaires qui gèrent la politique comme ils nourrissent leurs ambitions futuristiques.
La mondialisation, les coopérations et ententes internationales en matière de sécurité à ouvert la voie à des sociétés privées qui remplissent des missions placées sous le secret d’état. Les méthodes d’infiltration font de la population, tout à la fois, des cibles et des pions.
Notre compréhension de la défense nationale risquerait d’être fort dérouté si des crimes d’innocents et de lynchages de la vie sociale, professionelle, personnelle étaient mis à jour.
Le juge Falcone avait émis l’hypothèse d’un pouvoir en place beaucoup plus puissant derrière la mafia italienne. La manière dont il a été assassiné à tout d’une entreprise militarisée. Un impact aussi puissant que le secret qui est caché.
Un journaliste américain au sujet de l’affaire Epstein a eu cette expression assez intéressante. Il a dit “avec l’affaire Epstein ont a heurté une immense structure” (un peu à l’image d’un iceberg qui touche la paroi du Titanic) mais le décès Epstein n’a pas permis une enquête plus poussée.
Je me fais l’avocate d’une narration qui affirme l’existence effective d’une structure mondiale qui a les manettes sur une logistique et une coordination militarisées. Une organisation qui utilise les différentes corporations existantes à leur profit, outrepassant toute humanité et lois existantes.
L’erreur de certaines enquêtes est, faute d’avoir trouvé les ramifications nécessaires, d’établir des vérités sur la base de pistes travaillées qui ont menées à des voies sans issue,
Il y a d’un côté la perversion d’un système de corporations en place qui ne remonte pas à hier et de l’autre un pouvoir qui utilise ses rouages.
L’avènement de l’intelligence artificielle permettra-a-t-il de compiler des faits et de remonter des pistes. Peut-être, est-ce là une autre illusion.
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Les textes publiés sur ce blog ne peuvent être que succints. Je m’en excuse parce que tout non-dit pourrait être explicité et étaillé et qu’un silence ou un raccourci ouvre toujours la voie à la controverse.